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Zoom sur : La France des Déconnectés

Tous branchés, disent-ils Une étude menée par Havas Media, et dont les résultats ont été révélés la semaine dernière, va quelque peu à l’encontre de l’opinion aujourd’hui communément partagée, selon laquelle tous les français sont connectés et aiment ça. Ainsi, au-delà de la fracture numérique excluant une partie des individus du « tout-connection », apparaît une nouvelle population : celle qui fait le choix de se dé-connecter.

Cette « première » a été réalisée par le Planning Stratégique et les services Études et Insights de l’agence médias.

La fracture numérique. L’expression calquée sur la « fracture sociale », utilisée par jacques Chirac durant l’élection présidentielle de 1995, retranscrit au niveau hexagonal, ce que Al Gore identifiait, dès 1994, comme le « digital divide », soit la population des « non-connectés » subis, qui figure d’ailleurs encore aujourd’hui dans le « Plan Numérique 2012, remis l’année dernière au 1er ministre.

Ainsi, le constat est à ce jour sans appel, cette fracture numérique, pointée du doigt des 2 côtés de l’Atlantique il y a presque 20 ans, ne se résorbe plus, elle s’installe même durablement et ses chiffres n’ont pas évolué depuis 2010. Si la France figure dans le peloton de tête des pays européens les mieux équipés, 25% des foyers n’ont pas d’accès à internet, et ce chiffre grimpe jusqu’à 57% quand on ne considère que les foyers dont le revenu est inférieur à 1 500 euros / mois.

La fracture numérique est non seulement sociale, mais elle est aussi générationnelle : 75% des individus âgés de 70% ans et + ne sont pas connectés.

Plus étonnant, parallèlement à cette dé-connexion subie, aujourd’hui s’impose également une dé-connexion choisie. Une part de la population croissante fait en effet la démarche de prendre ses distances avec notre société ultra-connectée, et ce pour des raisons diverses, notamment une certaine crainte des dérapages possibles liés au réseau réputation et piratages. D’autres adoptent une posture volontiers plus anticonformiste et militante en refusant « la pression sociale » que crée internet.

Si 27,6% des individus répondent souvent à des mails professionnels après le travail ou pendant le week-end, 37,6% répondent souvent à des SMS pendant le déjeuner, et 53,3% laissent leur téléphone allumé quand ils sont au cinéma ou dans un musée, en 2010, 41% des internautes estimaient que l’intrusion digitale des marques dans leur vie privée était élevée (29% en 2008) et 35% considèraient l’insuffisance de la protection des données personnelles comme un frein à l’utilisation d’internet. Par ailleurs, parmi les populations qui sestiment très connectées, 65,2% souhaitent se « débrancher » (éteindre ordinateur, smartphone, ..) et 59,7% de le font effectivement.

Parmi ceux-ci, 74,8% le font parce qu’ils s’estiment trop sollicités et destinataires de trop de messages, 59,3% pour retrouver de la « tranquillité, et 52,5% pour privilégier la « vraie » vie et les relations avec leur famille et leurs amis.

L’étude d’Havas Media a discerné 4 types de déconnectés :

– Les minitelistes. Ils représentent 4% de la population âgée de 15 ans et +, soit 2 056 000 individus. Majoritairement âgés de 65 ans et +, ils ont grandi avec le minitel et son plutôt conservateurs. Privilégiant les valeurs morales, les relations humaines, et les relations avec la nature, ils sont réfléchis et méfiants vis à vis des discours commerciaux « agressifs ». Ils sont rebutés par la technologie. Ceux qui possèdent un ordinateur l’utilisent le plus souvent pour les mails ou pour les jeux.

Les exclus, 3,8% de la population, soit 1 914 000 individus. Ils appartiennent aux catégories économiques défavorisés et doivent procéder à des arbitrages quant à leurs dépenses. Ils ont souvent dû renoncé à leur connexion par manque d’argent.

Les déconnectés 2.0, 3,4% de la population, soit 1 724 000 individus. Ils sont à la recherche de moment de déconnexion, et passent à l’acte. ils ne sont pas réfractaires à internet, mais l’utilisent de façon raisonnable, ils donnent ainsi la priorité à leur épanouissement personnel en adoptant une attitude volontariste, en se ménageant davantage de temps pour eux, et ont en ce sens, l’impression d’être des pionniers.

Les flippés, 7,1% de la population soit 3 642 000 individus. On trouve dans cette catégorie deux types de population. 1/ des individus CSP+ avertis de l’utilité des nouvelles technologies, mais méfiants quant à la récupération et l’utilisation de leurs données personnelles, et adoptent une attitude « militante ». 2/ des foyers CSP-, moins convaincus de l’utilité d’internet, et moins équipés. Ils craignent de ne pas savoir filtrer la profusion des sollicitations et informations déversées par la toile.

À l’heure du tout-numérique 65% des sondés pensent qu’internet est indispensable et porteur d’opportunités, une nouvelle attitude est donc en train de naître. Pour Dominique Delport, Directeur Général dHavas Media, « la France des déconnectés incite à comprendre cette minorité avec laquelle pouvoirs publics, médias et annonceurs vont devoir désormais compter ».